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9 septembre de 2010 
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« De nombreuses Nations sans État réémergent. Le cas de la Cornouailles n’est pas isolé »

Dans le questionnaire de novembre, Mikael Bodlore parle des peuples qui reprennent « le goût de leur singularité » · En Bretagne, « des belles perspectives pour la vie politique »

Darrera actualització: 4 novembre 2009


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Les manifestants occitans et basques viennent de demander des améliorations législatives pour leurs langues. Le Gouvernement Sarkozy n’y semble pas très disposé. Quelles sont réellement les options ?

La manifestation qui a eu lieu à Carcassonne le 24 octobre dernier est le premier grand rassemblement qui ait eu lieu depuis que les langues régionales sont entrées dans la Constitution française, certes après de vifs débats et en étant considérées comme du patrimoine et non un outil de communication. On l’a largement regretté à l’époque mais le Gouvernement et la Ministre de la Culture s’étaient engagés à faire voter une loi sur le sujet car inscrire les langues dites régionales dans la Constitution est une chose, leur donner la possibilité de disposer d’un cadre légal pour s’épanouir en est une autre. Aujourd’hui, le Gouvernement semble reculer, notamment le Ministre de la Culture actuel, Frédéric Mitterrand. Rien n’explique ce revirement sauf les relents jacobins insufflés par une branche très conservatrice de la majorité présidentielle. Les options paraissent pourtant claires. Il y a à peine quelques mois, on sentait une ouverture possible sur ces questions. La loi reste à rédiger et à voter et tout reste à faire. Je ne serai donc pas pessimiste sur l’issue de ce débat. En revanche, il est largement légitime de se poser des questions sur le temps que cela prend. Les 20 000 personnes réunies à Carcassonne étaient là pour le rappeler.

En continuant sur ce thème, José Bové, et Europe Écologie en général, se sont manifestés comme étant favorables à un plus grand rôle pour les langues non officielles. Jusqu’où va l’implication sur ce thème dans ce parti ?

Les Verts en France sont très ouverts sur ce sujet. D’ailleurs, ils militent également pour une Europe fédérale respectant les cultures locales. C’est une forme de démarche écologique de préservation de biens communs. Sur la question des langues régionales et non officielles pour le moment, on peut l’espérer, ils ont des positions qu’on pourrait qualifier de volontaristes. Je pense que cette attitude vis-à-vis des langues minoritaires leur est largement inspirée du fait de leurs alliances au Parlement européen avec l’Alliance libre européenne qui rassemble un grand nombre de partis régionalistes, autonomistes et indépendantistes.

Comment interprétez-vous les dernières arrestations de dirigeants indépendantistes basques qui, d’après les commentaires dans les médias, essaient de bâtir une alternative politique pacifique au Pays Basque ?

La question basque est toujours un sujet délicat à traiter dans les médias. Il s’agit d’un sujet complexe, historiquement difficile à appréhender. Je pense qu’aujourd’hui les Basques dans leur grande majorité souhaitent un tournant dans les relations qu’ils ont à la politique. Mais l’affrontement entre une frange espagnoliste de plus en plus intolérante et une frange radicale indépendantiste et jusqu’au boutiste qui ne dispose plus de bases solides dans la population devient stérile. Des évolutions institutionnelles sont vitales pour faire évoluer la situation. Pour en venir aux arrestations, on peut rester sceptique lorsque chaque semaine on nous annonce dans les médias qu’un dirigeant présumé de l’ETA à été arrêté. Il faudra qu’on explique de combien de dirigeants dispose en définitive cette organisation clandestine et quelle sera l’issue des procès qui s’en suivront. Pour le moment, cela reste flou pour une grande partie de la population. Surtout que les arrestations ayant eu lieu dernièrement, dont celle d’Arnaldo Otegi, ne sont pas justifiées. On lui reproche d’avoir voulu avec neuf autres personnes créer un parti politique, à savoir Batasuna, interdit par l’Etat espagnol mais autorisé par l’Etat français. Sur la volonté de créer une alternative politique pacifique au Pays Basque, je ne poserais pas la question de cette manière, car il existe sur l’échiquier du Pays Basque des partis se battant pacifiquement -et depuis de très nombreuses années- pour les droits des Basques. Il s’agit autant du Parti Nationaliste Basque (PNV) que de Eusko Alkartasuna (EA), deux des grandes formations politiques basques. Donc la question se pose plus quant aux héritiers de Batasuna. Si toute tentative de création d’une force politique abertzale (patriote) de gauche est systématiquement tuée dans l’oeuf on peut se poser des questions sur la capacité démocratique de l’Etat espagnol à gérer la question basque. Cette tendance politique est fortement représentée au Pays Basque, on ne peut pas l’écarter à chaque élection. Franchement, lorsqu’un parti politique est interdit d’exprimer ses positions, on s’approche de la dictature. Le représentant du PNV au parlement basque a pour ma part eu les mots justes pour décrire la situation. Il a estimé que les arrestations de ceux qui veulent empêcher la création d’une force abertzale de gauche sont une action de ceux qui ne veulent pas que l’ETA disparaisse.

Récemment, le Parti Breton a proposé une liste bretonne unie pour les élections régionales en Bretagne en 2010. L’Union démocratique bretonne (UDB) n’a rien voulu entendre. Quel panorama politique se présente et quelles possibilités électorales ont les forces bretonnes ?

Effectivement le Parti Breton a proposé de créer une liste d’ouverture rassemblant l’ensemble des partis et personnalités s’engageant pour la Bretagne. L’UDB a répondu qu’elle n’était pas favorable à ce type d’alliance préférant des tractations avec les forces politiques de la gauche hexagonale. Je respecte les choix et les options des uns et des autres car je pense que ces deux partis ont souvent des convergences sur les fondamentaux. Le clivage est plus lié aux choix stratégiques que sur le choix de société. L’UDB est fondamentalement à gauche. Le PB quant à lui se présente comme une force social-démocrate, ne souhaitant pas entrer dans un débat gauche-droite. Les choix d’alliance relèvent en définitive plus de stratégies politiques qui dénotent à mon sens la façon dont chacun perçoit la Bretagne comme entité singulière. Cela montre qu’en Bretagne, le débat politique est désormais relancé pour affirmer les capacités de la Bretagne à proposer un modèle alternatif au modèle centralisé à la française. Cela augure des belles perspectives pour la vie politique bretonne qui pourraient réserver de bonnes surprises lors des prochaines élections. C’est stimulant.

Vue de Bretagne, ou de la République française en générale, qu’est-ce qu’on pense du procès sur les consultations municipales sur l’indépendance de la Catalogne ?

Lors de l’organisation de la première consultation sur l’indépendance qui a eu lieu à Arenys de Munt, la presse mondiale a relaté les événements. Ce qui se passe de l’autre côté des Pyrénées interpelle parfois assez peu même si ces événements sont révélateurs d’une profonde mutation de l’Europe. Mais là, l’opération mise en place n’est pas un petit événement. Les peuples se prennent désormais en main. Depuis quelques années, on remarque qu’à chaque fois que des dirigeants démocratiquement élus ont voulu organiser des référendums de ce type en Écosse ou au Pays Basque, ils ont trouvé un grand nombre d’obstacles, juridiques ou politiques au niveau de l’État central. Pourtant, la légitimité ne vient-elle pas du peuple ? Ce qui est intéressant en Catalogne du Sud, c’est la façon dont cela est organisé. C’est la société civile qui a lancé l’opération et les villes en ont été les relais. Après Arenys de Munt, plus de 100 municipalités ont pris l’initiative d’organiser un référendum. Il est plus facile d’organiser des consultations à ce niveau. L’annonce de Girone, ville importante en Catalogne, d’organiser la consultation sur la souveraineté de la Catalogne est un signe encourageant. Cela démontre qu’il ne s’agit pas de folklorisme mais d’un mouvement qui traverse l’ensemble de la société catalane, qui estime pour une partie d’entre elle que la Catalogne a les facultés à devenir un État à part entière intégré à l’Union européenne.

Lors des élections européennes, le parti nationaliste de Cornouailles, le Mebyon Kernow, a obtenu un relatif succès. De même, un député cornique vient de proposer que le Royaume-Uni accorde l’autonomie à la Cornouailles. Le réveil du nationalisme cornique est-il une réalité ou s’agit-il plutôt d’un événement isolé ?

Sur cette question, il est essentiel de resituer la Cornouailles dans son contexte institutionnel et politique. Alors que le Pays de Galles, l’Ecosse et l’Irlande du Nord sont reconnus comme des Nations historiques constitutives du Royaume-Uni, au même titre que l’Angleterre, la Cornouailles, elle, n’a pas ce privilège. Il s’agit d’un comté anglais qui ne dispose pas des mêmes droits que les autres Nations des îles britanniques, malgré sa culture celtique et sa langue particulière. Il faut rappeler qu’elle était sur le point d’être totalement éradiquée à la fin du XIXe siècle avec seulement quelques locuteurs mais a trouvé un nouveau souffle depuis le début du XXe siècle. Aujourd’hui grâce aux efforts du militantisme cornique, près de 4.000 personnes le parlent de nouveau. Bref, les résultats du Mebyon Kernow sont révélateurs de ce désir de retrouver une vraie identité et d’un Parlement aux pouvoirs étendus. Le cas de la Cornouailles n’est pas isolé en Europe. On s’aperçoit que de nombreuses Nations sans État réémergent. L’heure de la globalisation est terminée. Les Ladins, les Vâldotains, les Cachoubes, les Sorabes, pour ne citer qu’eux retrouvent désormais le goût de leur singularité. Mais l’urgence se fait toutefois sentir car leur culture se meurt et risque de définitivement disparaître.

(Mikael Bodlore-Penlaez est editeur du website Eurominority)

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